théâtre


Macbeth

10, 11 et 12 février 2012


Le projet


Encore un classique ? N’y a-t-il rien de neuf qui s’écrit aujourd’hui ? Rien à nous faire découvrir ? Rien qui nous soit plus proche ? Faut-il à ce point séduire le spectateur en le rassurant ? En lui offrant des chemins balisés, sûrs, confortables ? Faut-il le divertir, faire qu’il oublie son quotidien, plutôt que de l’éclairer, l’affronter ensemble ? Va-t-on encore nous dire qu’on va, ici, s’en tenir au texte, comme s’il s’agissait d’un choix radical, alors qu’en fait il n’y a pas d’argent pour les décors, les costumes, les acteurs, que la radicalité n’est qu’un cache-misère ? Encore une logique économique qui sous-tend un projet artistique ? La culture réduit à rien ? A son degré zéro ? Pour se donner bonne conscience ? Pourquoi donc ce Macbeth, ici et maintenant ?


La Troupe du Vieux Théâtre, avec les Débutantes, produit des spectacles depuis dix ans aujourd’hui, des spectacles qui lorgnent vers le cinéma (Grand Hôtel), mais aussi la danse (1 surprise) ou l’art contemporain (la tête la première). Elle s’attache tout aussi bien à découvrir de jeunes auteurs (La Ferme), qu’à écrire son propre répertoire (1 Orestie d’après Eschyle). Elle s’autorise toutes les rencontres : travailler avec des vidéastes, des musiciens, des plasticiens. Alors un classique, ce ne sera pas la première fois (La Tempête) et sûrement pas la dernière.

Elle pourrait affirmer que c’est un choix politique, que les classiques ont su accueillir en eux les interrogations renouvelées du monde, que c’est bien pour cela qu’ils résistent au temps, qu’ils en sont devenus, des classiques. Elle pourrait aussi vous dire que cette histoire d’ambition, de volonté de pouvoir, de résistance est très contemporaine, qu’on retrouve ça bien sûr dans quelques pays éloignés, qu’il ne faut pas oublier ces tyrannies du bout du monde, mais aussi ici, plus proche de nous, dans le monde de l’entreprise par exemple, toutes nos petites relations interpersonnelles. Encore une tarte à la crème ? Non, non, il y a du vrai là-dedans.

Elle pourrait aussi vous dire, en toute honnêteté, que c’est quand même plus facile de faire venir un spectateur quand, sur l’affiche, on indique Shakespeare ou Molière, que oui, ça rassure, que l’on sait ce que l’on va voir, que c’est plus facile de venir à plusieurs du coup, surtout là-bas, au bout du monde, à Clamart. Mais ce serait oublier les Projets Vercors, cette série de pièces très contemporaines, à la fois ludiques et exigeantes, qu’elle continue de défendre, de porter et qui mêlent, au cœur d’une narration flottante, gestes, musique live et vidéo.

Alors, la logique économique ? Oh sûrement. Qui y échappe ? Pourtant depuis ses débuts, la Troupe du Vieux Théâtre ne bénéficie d’aucune subvention. Ses spectacles sont simplement à l’équilibre. L’Espace St Jo lui offre un toit. Les Débutantes une structure. Et c’est bien plutôt la somme de toutes ces bonnes volontés, ces bénévoles comme on dit, qui permettent à tous ses projets d’exister, une existence urgente, exigeante qui n’est pas réservée au seul travail tarifé, une existence préservée de considérations économiques trop lourdes qui l’empêcheraient de prendre le temps de créer un spectacle de bout en bout. Et le moteur de cette aventure hors norme, dix ans, dix ans à faire vivre un lieu, c’est bien le plaisir, le plaisir d’être ensemble, le plaisir de faire les choses pour les autres, pour les offrir à d’autres.


Et ce Macbeth est encore une fois le fruit du plaisir. Un plaisir que nous voulons partager avec vous. Bien sûr que cette pièce nous parle de nous, de nous aujourd’hui, mais aussi de notre histoire, de notre avenir. Mais c’est avant tout un monument, une force brute qui avance comme un torrent, des chocs, des à-coups, des ruptures et pourtant une vitesse incroyable qui dévale la pente et que rien n’arrêtera. Ce qui se dit ici est énorme. Une grande tragédie, mais aussi une farce burlesque. Voilà ce que nous voulons vous donner aujourd’hui. Comme demain, si nous en avons l’occasion. Un grand moment ensemble.



une note de mise en scène